Quand le gouvernement adresse un courrier aux parents au sujet de la violence (ou l'hyperbole du culot)
- __graines__
- 16 févr.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 16 févr.
Courrier du 12/02/26 du ministre de l'éducation aux parents
Je ne l'ai pas vu venir.
Ce matin, j'ai ouvert l'ENT* de mon fils à 6h du mat' pensant signer (avec encore 10 jours de retard...) le dernier mot concernant la prochaine sortie scolaire et la 1000ème invasion de poux.
Mais non.
C'était un courrier de Monseigneur le Ministre de l'éducation.
Quelle ne fut pas ma stupeur d'apprendre ainsi que oui, nous avions bien un ministre chargé de l'éducation.
Non sans rire, à ce moment j'ai senti le vent tourner. Et avec la nuit blanche due à la tempête de la veille, cela aurait été sympa que les vents se calment un peu...
Je l'ai tellement vu venir, que je n'ai lu le courrier qu'en travers à la première lecture, histoire de ne pas monter en pression trop vite.
Alors je ne vais pas faire une analyse de texte littéraire, je n'en ai pas les compétences (mais si quelqu'un.e est chaud.e n'hésite pas, il me semble qu'il y a de quoi dire à ce niveau là aussi).
En revanche, ce que je peux faire c'est vous parler de mon ressenti face à ce courrier qui m'est adressé.
Pour celleux qui ne connaissent rien de ma vie.
Je parle ici en tant que daronne.
Daronne qui s'élève très majoritairement seule avec son enfant depuis plus de 10 ans.
Je parle aussi avec ce statut un peu spécial de daronne d'handi.
11,8 millions d'enfants scolarisés cette année donc 11,8 millions de courrier ont été envoyés.
J'ai épluché les réseaux, mais je n'ai rien vu à ce sujet.
Alors que moi, je suis là, à tenter d'éclaircir tout ce que je ressens face à un tel courrier.
Je vous partage le courrier du gouvernement aux parents au sujet de la violence :

courrier du gouvernement aux parents au sujet de la violence - page 1

courrier du gouvernement aux parents au sujet de la violence - page 2
Ce que j'ai compris, moi petite maman fatiguée, en résumé, c'est que l'éducation nationale fait déjà tout ce qu'il faut (puisqu’aucun levier d’action n’est proposé...),
si la violence existe et augmente
c'est la faute des parents qui n'éduquent pas les enfants à la non violence.
Alors premièrement, je n'ai aucune leçon sur le sujet de la violence à recevoir d'un gouvernement qui ne s'oppose pas à un génocide et qui ne remet pas en question sa police quand elle tue des enfants.
Ou d'un président qui, il y a quelques semaines, prononce ces mots qui sont pour moi d'une extrême violence :
« Mesdames et messieurs, dans ce monde incertain où la force prime sur le droit, la guerre se conjugue au présent. Notre nation n’a le droit ni à la peur, ni à la panique, ni à l’impréparation, ni à la division. La peur, au demeurant, n’évite jamais le danger. La seule façon de l’éviter, c’est de s’y préparer. C’est ce que font nos armées au quotidien. Elles le feront demain plus encore. Le service national sera utile aux jeunes, aux armées et à la nation, qui disposera donc de cette armée régénérée. »
Deuxièmement, cela fait des dizaines d'année que les personnels de l'éducation réclament, manifestent, hurlent le manque de moyens et de personnels dont ils souffrent tous les jours.
Quand on pense à ce budget pour les établissements publiques (écoles et hôpitaux notamment) qui dégringole d'année en année,
j'ai du mal à comprendre le budget suivant :
« Cet effort de défense sera financé par l’actualisation de la loi de programmation militaire 2026-2030, qui prévoit un budget supplémentaire de plus de 2 milliards d’euros pour le service national. C’est un effort important. Il est indispensable. »
Il s'agirait d'arrêter de pousser des parents à culpabiliser quand le gouvernement, lui,
se déresponsabilise face à
un problème qui est systémique.
On attend.
On attend encore que le gouvernement s'empare du sujet des violence sexistes et sexuelles
→ 160 000 enfants sont victimes de VSS chaque année
→ 5,4 millions d'adultes y sont confronté.es avant leur 18 ans (rapport CIIVISE)
On attend que la justice s'empare de ces sujets aussi
→ aujourd’hui encore 74% des plaintes pour violences sexuelles sont classées sans suite
(Infostat justice 2018)
On attend que soit mis en place une protection des victimes
→ 83 % des victimes d'agressions sexuelles ne sont ni reconnues ni protégées (IVSEA 2015)
On attend une prise en charge adaptée des victimes, des victimes-agesseurs et des agresseurs
→ oui je le mets au masculin volontairement, puisqu'on compte 93% DHOM chez les agresseurs, la majorité l'emporte, non ?!
On attend que soit respectée l'interdiction par la convention d'Istanbul de la victimisation secondaire.
On attend que le % de foyers en situations précaires cesse d'augmenter.
On attend que tous les personnels de santé soient formés aux symptômes des psycho-traumatismes afin que les victimes soient orientées et réparées.
→ 79% passent à côté (IPSOS 2019)
On attend que les traitements psy soient entièrement pris en charge par la sécurité sociale.
On attend que les parents soient clairement informés du nouveau programme EVARS d'éducation à la sexualité au lieu de créer une panique générale des parents le jour de la rentrée.
On attend que les personnels soient formés sur ces questions et puissent être accompagnés d'intervenant.es spécialisé.es pour mettre en place un réel projet pédagogique.
On attend que chaque enfant handi dispose de l'accompagnement
dont il a besoin
→ 48 700 enfants handicapés scolarisés avaient une notification d’AESH mais n’en avaient pas à la rentrée 2025
Afin de limiter les risques de violences envers eux qui sont très augmentés par rapport aux enfants valides
→ le taux de harcèlement d'enfant handi moteur est de 60%
→ tous types de handicap confondus, les élèves handicapés sont de 2 à 3 fois plus susceptibles d’être victimes de harcèlement que les autres enfants
Tant que nos enfants évolueront dans des systèmes de violences et devront y survivre seuls sans justice, sans protection, ni soins de leur traumatismes, ils reproduiront des violences.
Tant que le système ne reconnaîtra pas que les enfants subissent de graves violations de leurs droits, aucun courrier de ministre ne pourra les protéger.
Quant à la phrase qui commence par
« À l’École, on écoute les adultes,..... »
C'est non.
Un adulte n'est pas forcément une personne de confiance.
Apprendre à nos enfants à désobéir les aide à développer leur esprit critique, leur autonomie et leur capacité à se protéger.
(*) ENT : outil numérique mis à la disposition des enseignants, des élèves et leurs parents





Commentaires